Mercredi 29 avril 2009 3 29 /04 /Avr /2009 12:09

Au Biribi des gosses

 

par Zo d’Axa

 

Un document d’une actualité stupéfiante à l'heure ou Sarkosy ouvre des centres de rétention fermés pour les enfants de 12ans

 

« Le collège ! première prison, lit de Procuste universitaire, entraînement pour les casernes, petite société si laide qu’y germe la Société. »            Zo d’Axa, in La Revue Blanche (Paris, 1895, premier semestre)

 

Enfants martyrs

 

L’autre jour, devant la vitrine d’un pâtissier, un garçonnet, chaudement vêtu, auquel sa maman refusait une troisième tarte à la crème, se mit à crier :  « Je meurs de faim ! »

La foule s’ameuta très vite, et les commères du quartier, trois concierges, deux cuisinières et une marchande de poisson, invectivèrent la maman. Elles l’auraient battue sûrement, si la bonne dame, prise de peur, ne s’était enfin décidée à faire emplette, pour le gamin, d’une demi-douzaine de gâteaux. L’enfant, sans doute, en fut quitte pour une bonne indigestion.

Le gosse avait réussi à faire chanter sa mère avec la complicité des bonnes gens imbéciles et en arrière plan la menace pénale d’une société répressive déliquescente. L’enfant martyr est à la mode. Depuis « Le Petit Pierre » et « Les Deux Gosses », la fibre populaire tressaille... et un papa assez osé pour tirer l’oreille d’un marmot est dénoncé aux flics par son pipelet. La moindre pichenette au bambin émeut les voisins, belles âmes fascisantes qui croient de leur devoir civique d’écrire des lettres aux commissaires et procureurs. Un usage enraciné veut, d’ailleurs, que toutes ces lettres, des voisins comme des concierges, soient prudemment anonymes. Il y a ainsi de basses vengeances qui trouvent moyen de s’exercer. Il y a surtout la délation, qui est un plaisir bourgeois bien franchouillard. On sait où cela mène…

(...à Outreau !  Le petit juge ambitieux et imbus de sa personne (co)auteur de ce crime, n’écopera finalement de ses paires qu’une sanction administrative tout à fait bénigne.)

Les loupiots, qui avant de lire les journaux, les ont entendu ânonner et commenter en famille, ont appris, par les faits-divers, que, contre tout méchant traitement, la Société les protégeait.

La Belle Société ! Des grandes personnes, qui ont le droit de punir maman et de mettre papa en pénitence. La Société ! S’ils savaient...

Eh bien ! nous allons le dire, le montrer à tous, petits et grands, ce qu’elle fait, le Société, la très paternelle Société, des enfants qu’elle prend en tutelle. Voici la maison de correction.

Ici l’on souffre, on saigne, on jeûne. Ici l’on tue.

 

ANIANE, colonie pénitentiaire pour enfants


C’est à Aniane, non loin de Montpellier en Languedoc. Citons des noms, citons des faits. Il faut qu’un de ces Biribi, lugubre autant que ceux d’Afrique, plus poignant, peut-être, puisqu’on y tenaille de la chair encore puérile, apparaisse dans son jour sinistre. C’est autre chose qu’un article à faire. Et c’est mieux qu’un réquisitoire. Ce devrait être une réforme complète du système judiciaire. Ce devrait être un procès en assise :

Aniane, colonie pénitentiaire. Directeur : M. Naret. Médecin : M. Rouveyrolis. Quatre cents petits colons  : les plus jeunes ont à peine huit ans ! et il ne s’agit pas des « jolies colonies de vacances ».

Cette colonie n’est pas, au reste, pire que les autres : Saint-Hilaire, Douaires, La loge, Eysses, sévissent sur le même modèle républicain. Mais c’est d’Aniane que nous voulons parler, en mettant les points sur les i - en mettant les noms sur les morts.

Il s’appelait Vaillanberg, celui-ci ; il avait dix-sept ans. Jeté en cellule pour une tentative d’évasion, l’enfant tomba sous la coupe d’un gardien qui l’avait en haine. Ce gardien, ce dévoué fonctionnaire de l’état français, ce tortionnaire nommé Périal, poussa l’ignominie au point de priver sa victime de la portion de nourriture accordée aux enfants punis : un infâme brouet, puant le moisi, tous les quatre jours.

Périal vida dans les latrines la gamelle du petit martyr, son souffre-douleur de fonctionnaire sadique.

Pendant trois semaines, le malheureux vécut au régime d’une mince tartine de pain que, chaque jour, on lui lançait à terre dans la poussière. Et, des cellules voisines, ses petits camarades l’entendirent, de longues nuits, sangloter en demandant à manger : « Par pitié ! par pitié, j’ai faim... »

Le matin du vingt et unième jour, on le trouva mort dans sa cellule - avec, aux dents, des débris de plâtre que l’enfant avait mâchonné... pour tromper sa faim.

 

Mais, ce n’est là qu’un assassinat dont le directeur, parait-il, se montra lui-même affecté. M. Naret , chose rarissime, blâma le gardien.

Toutefois la belle administration française n’ordonna aucune, enquête.

Ce blâme directorial, ce blâme public d’un gardien devant les enfants assemblés, était d’ailleurs sans précédent dans les annales de la Colonie, d’aucune Colonie.

Le scandale n’alla pas plus loin, l’affaire ne sortit pas de l’établissement.

Par exemple, ce que M. Naret, d’accord avec le règlement, n’appelle pas un scandale, trouve naturel et congru, c’est le régime cellulaire, appliqué selon le tarif : une soupe tous les quatre jours, nous l’avons dit, plus une demi-boule de son chaque matin - 500 grammes de pain : son et paille.

Tel est l’ordinaire fixé par la belle Société française pour les jeunes "Colons" punis.

Et notez que les petits êtres que l’on soumet à ce régime, ont été punis le plus souvent pour des fautes dans le genre de celles-ci : ils ont causé pendant le travail. Ils ont ri pendant le repos. Ils ont ri... et un petit chef aigri, mal luné l’a pris pour lui !

 

Pauvres gamins de nos rues qui couraient l’école buissonnière, jeunes vagabonds sans famille, qu’arrêta le sergot, un soir, et que, le lendemain, un magistrat dépêcha sur la Colonie, pour y attendre leurs vingt ans... Ils ont ri !

Peut-être bien était-ce dans les premiers jours de leur incarcération, étonnés, presque inconscients, ne se rendant pas compte encore, amusés de la mascarade qui tout à coup, les défigure. Dès leur arrivée, en effet, on les affuble d’un costume fabriqué de pièces en deux couleurs : une manche, un côté de la veste est bleu, l’autre côté blanc. De même pour le pantalon : une jambe est blanche, l’autre est bleue.

Puis, le perruquier s’empare d’eux et s’occupe de leur coiffure : une raie, d’abord, au milieu. Le rasoir fait tomber, ensuite, la moitié de la chevelure. À droite le crâne apparaît comme affligé de pelade, tandis que des mèches insoumises se dressent sur le côté gauche...

Et les petits s’en vont ainsi, maculés, matriculés et flétris. Ils vont, blancs et bleus, chauves à demi, tels des arlequins lépreux, des pauvres pantins disloqués... Ils vont vers les ateliers où ce sera les travaux forcés.

Charrons, menuisiers, ferblantiers, les enfants besognent dès le petit jour, sous les ordres d’une équipe de brutes, qui les harcèlent et les bastonnent.

Comme repos, ou plutôt en guise d’éducation morale, on leur fait, une fois par semaine, faire l’exercice du fusil. On leur apprend aussi la boxe histoire que les matons de la république puissent se défouler.

Les enfants qui sont maladroits, durant les leçons d’ensemble, se perfectionnent en cellule où les gardiens ne manquent jamais de leur infliger (boxe et chausson) quelques leçons particulières. Coups de poing, coups de pied, toutes les formes connues de passage à tabac, avec quelques raffinements, sont l’habituelle distraction de cette chiourme désœuvrée, atteinte de délire sadique.

Au mois d’août de cette année, le jeune Tissier était en cellule depuis une huitaine de jours lorsque le perruquier accompagné d’un gardien vint pour le raser à l’ordonnance. Le pauvre petit avait été, au cours de la semaine, si bien traité qu’il avait des trous et des croutes dans la tête.

Le savon du perruquier, mordant le crâne mis à vif, causait si cruelle douleur que l’enfant ne retenait plus ses cris.

C’est alors que pour le faire taire, le surveillant Berlinguy, pendant qu’on rasait Tissier, se mit à le frapper, sous le menton, avec la boîte à rasoir !

Le patient eut un sursaut, et le rasoir du perruquier taillada dans le cuir chevelu...

 

Nous pourrions narrer encore maintes édifiantes anecdotes qui datent d’hier... et de là-bas.

Seraient-elles capables d’émouvoir les singuliers amateurs pour lesquels les quotidiens maintiennent et truquent, en permanence, la rubrique des « enfants martyrs » ? Je ne sais. Certain publique ne vibre qu’au roman-feuilleton. Le strict exposé des faits ne sollicite que rarement ses troubles sensibleries. Ceux qu’on appelle les « honnêtes gens » n’aiment pas voir mettre en cause cette mégère : la Société !

Et c’est elle que je traîne ici.

Ce n’est plus un cas spécial, grossi par la malveillance et exploité par la presse - comme l’aventure récente de ce ménage sans travail qui nourrissant mal sa nichée, et que les bourgeois de l’entre-sol accusèrent d’être des bourreaux...

C’est la Loi, l’Administration, responsable dès l’origine. C’est l’État, premier coupable de ce qui se passe dans ses geôles, dans ses maisons de correction, ses colonies pénitentiaires - conservatoires d’enfants flétris, pépinières de petits martyrs et bientôt de jeunes fauves… quand ils n’ont pas été assassinés.

Nous y reviendrons, s’il le faut, si l’on ne fait rien pour ces petits, si l’ont tarde à vérifier l’exactitude des renseignements puisés aux sources sanglantes. Les faits fourmillent, tragiques.

Poussés à bout, des enfants tentent de se pendre ou de se noyer. Frileux, un garçonet de treize ans, a le bras cassé d’un coup de bâton par le surveillant Dumas. Le jeune Rémond meurt d’épuisement à peine sorti de cellule...

En cette minute, dans les cachots, d’autres enfants crient : « au secours ! »

 

Pour tous motifs, il n’importe, les petits ont été punis. Ils n’iront pas à l’atelier, ils ne coucheront plus au dortoir.

Et cela durera des semaines - selon le tarif et la Règle, la loi de la république

Nu-pieds, dans la cellule humide, l’enfant, les huit premiers jours, a les bras liés derrière le dos. Des menottes lui serrent les poignets. Huit jours ! Sans trêve, sans répit, sans qu’on le détache un moment. Mais comprend-on ? Mais sait-on lire ? Sait-on sentir ? Veut-on penser : je dis huit jours, je dis huit nuits ! les bras rejetés en arrière, maintenus par la chaîne froide.

Allons ! les mains derrière le dos. Essaye une minute, lecteur. Sors la poitrine, efface l’épaule...

Huit fois vingt-quatre heures ainsi. Sans sommeil, sans repos possible aux heures des nuits interminables. Et défense durant les jours de s’accoter le long du mur. Attention ! le gardien passe... gare à tes pieds, pauvre gosse, à tes pieds nus que les surveillants déchirent du talon de leurs bottes.

Le gardien t’a jeté un morceau de pain.

Baisse-toi, déchiquète, mange en chien... Quand ce sera jour de gamelle, tu la prendras avec les dents.

Pour d’autres besoins, on t’aidera... si tu es sage, si on a le temps. Ne pleure pas ! N’appelle pas : maman ! C’est le gardien qui va venir...

 

Au bout de la semaine, le jeu change.

On ôte cadenas, chaînes et menottes. Les bras raidis, ankylosés, ne retombent pas le long du corps. Alors, par petites saccades, le gardien les ramène à lui - et pour huit nouvelles journées remet les menottes en avant.

 

Nous attendons maintenant le démenti. Les enfants montreront leurs bras...

Bras décharnés, poignets bleuis. Corps couverts d’ecchymoses et de croutes sanglantes. Et les visages émaciés... C’est à Aniane. _ Qu’on aille voir !

Aniane, Biribi des gosses, où l’on plagie la « Crapaudine », où les gardiens sont des « Chaouchs », où les cellules riment aux silos.

Lorsqu’ils sortent de ces tombeaux, l’œil vague, l’être brisé, les enfants n’ont guère envie de faire des niches aux gardiens ni à personne. Ils ne rieront plus jamais.

« Ça les dresse », disent les chaouchs.

Les petits retournent au travail, longeant les murs, à pas menus..., si faibles, si chancelants que suivant le mot de l’un d’eux, dont nous entendons encore la voix : « Un coup de vent les fout par terre... »

Au Biribi des gosses

 

Nous avons dit qu’à la colonie pénitentiaire d’Aniane, par le bâton et par la faim, on fait mourir des enfants.

On nous répond que ces enfants ne sont pas vêtus comme nous l’indiquons ! L’odieuse livrée bicolore, bleue d’un côté, blanche de l’autre, la tonsure d’un côté de la tête, sont exceptionnelles seulement. Ca, c’est l’Administration qui le prétend. On ne rase que les "fortes têtes". On ne déguise en arlequin, on ne marque, on n’avilit que les plus indisciplinés : ceux qui s’évadent ou qu’on suppose avoir l’intention de s’évader. Combien sont-ils donc ceux-là qu’une pensée d’évasion travail, combien sont-ils qui, las de souffrir, rêvent de s’enfuir par les routes, loin de la geôle où l’on prive de pain, loin des cellules où les menottes, jours et nuits, tenaillent la chair ? Un seul jour, ils partirent dix-huit. Une autre fois, cent cinquante tentèrent de gagner l’air libre...

Wayenberge, dont nous avons dit la mort, n’aurait pas été, un matin, trouvé roide dans sa cellule avec, aux dents, des débris de plâtre, mâchonné pour tromper la faim. Nous rectifions donc. C’est du chlorigène qu’afin de mourir, le pauvre gosse avait absorbé - le chlorigène qu’au fond du baquet on met comme désinfectant.

Après cela, tout est exact : les coups de pied, les coups de bâton, faces meurtries et bras cassé. En vain l’Administration essaie de se disculper. On ne peut plus nier que les enfants punis n’aient qu’une soupe tous les quatre jours. Il faudra reconnaître que ces petits, la chevelure à moitié rasée, les mains liées derrière le dos, défilent une honteuse parade, devant leurs camarades réunis. Affublés du costume grotesque, pieds nus dans les grands sabots, ils vont le pas incertain ; souvent le poing d’un gardien précipite leur marche indécise ; ils trébuchent, se redressent, ils passent les petits enfants dégradés. Et les autres, les camarades, fixés dans le rang, les yeux rouges, se disent : les reverrons-nous ?

 

À l’heure où paraissent ces lignes, un député, M. Fournière, apporte devant la Chambre l’ensemble des faits et des preuves. Parmi les pièces à conviction, il y a des lettres de détenus, il y en a même de gardiens - les témoins ne sont pas anonymes. Sans doute Fournière lira cette lettre que nous publions, telle quelle, ici ; elle émane d’un jeune « colon » rendu à la vie depuis peu et qu’hier je ne connaissais pas. Avec dix autres, aujourd’hui, l’enfant est prêt à parler.

 

Paris, le 23 novembre.

 

Monsieur,

J’ai lu la Feuille, intitulée l’Enfant martyr, dans laquelle vous dévoilez sous les yeux du public les abominables tortures que les enfants subissent à Aniane.

Eh bien, ce que vous racontez est véridique, puisqu’à l’époque où se passaient toutes ces infamies j’étais encore le pensionnaire du cruel bourreau qui dirige ce lieu de torture. J’ai connu toutes les victimes dont parle votre feuille, et particulièrement Tissier. Je peux vous affirmer que les gardiens, notamment Berlingué, l’ont frappé jusqu’à ce qu’il tombe, et une fois par terre ils s’acharnaient encore sur lui.

Tenez, moi qui justifie les faits que vous avez la franchise de dévoiler, je vais vous en raconter un qui rien que d’y penser vous fait frémir d’horreur.

Le 1er novembre 1897, un jeune pupille, ayant à se plaindre de la sévérité des surveillants à son égard, résolu d’en finir avec ses souffrances : le soir du même jour nous nous trouvions tous réunis sur la cour, quand tout à coup le bruit d’un corps tombant dans l’eau se fit entendre car il y a un énorme bassin dans la cour). Il y eut parmi nous une minute d’angoisse et comme je me trouvais là je m’élance avec plusieurs de mes camarades pour retirer notre ami Leinen (c’était le nom du désespéré), enfin nous parvenons à le retirer. Inutile de vous dire que pendant ce temps aucun des gardiens n’est accouru pour lui porter secours, au contraire, ils riaient tous comme des fous.

Une fois sorti de l’eau Leinen en avait tellement absorbé qu’il avait perdu connaissance. Quand survint le farouche Berlingué qui, prenant Leinen par une jambe, le traîna à la salle de police, arrivé là lui donnant un formidable coup de pied dans les reins le livra au gardien chargé de l’exécution de cette torture.

Tout ça s’était passé devant les yeux de 400 enfants qui, devant ces actes de brutalités inouïes, laissèrent échapper un murmure d’indignation : moi pour ma part, les larmes me coulaient des yeux.

Devant de tels faits, nous étions unanimes à nous révolter, si bien que le lendemain 18 enfants, parmi lesquels je faisais parti, s’évadèrent de la colonie dans l’intention d’aller déposer une plainte à Montpellier. Mais nous n’eûmes pas la chance d’aller jusque là, les gendarmes, lancés à notre poursuite, nous arrêtèrent à 7 ou 8 kilomètres de la colonie. Là, revolver au poing, ils nous sommèrent de nous rendre. Nous leur répondîmes plutôt mourir sur place que d’être reconduits à la colonie, et plusieurs d’entre nous découvraient notre poitrine en leur criant tirez donc, nous préférons la mort que de souffrir à la colonie.

Voyant nos énergiques résolutions, le brigadier nous prit par la douceur, et usant d’un stratagème hypocrite parvint à nous persuader qu’en nous rendant à la gendarmerie nous serions de suite dirigés sur Montpellier. Bref, après des pourparlers avec le Directeur de la colonie, le brigadier résolut de nous reconduire à la colonie, ceci avait duré deux jours, pendant lesquels nous n’avions rien mangé. Bref, on nous passe les menottes et on nous enchaîne de telle façon tous ensemble comme un paquet de saucissons, que nous ne pouvions pas marcher. Force leur fut d’amener des voitures pour nous reconduire à la colonie.

Enfin arrivés à destination, ils nous ont rasé la tête et en route pour le cachot où quatre d’entre nous furent punis à 60 jours, d’autres à 90 jours, et enfin 4, et j’étais de ces 4 là, furent punis à 120 jours. Inutile de vous dire que dès les premiers jours de notre punition la plupart de nous était malade.

On leur donnait un matelas et ils restaient couchés dans leur cellule.

Vous ne vous figurerez jamais les tortures, les privations, les vexations que nous avons subit pendant notre séjour au cachot, surtout quand le surveillant Calverac était de service pour nous garder. Ce terrible garde-chiourme, la terreur des petits enfants (car il ne s’en prenait qu’aux petits) était redouté de la population où il ne commettait que des injustices.

Excusez moi, Monsieur, si je vous retiens si longtemps dans ce chapitre, mais je vous assure que ça vaut la peine de s’occuper de ces pauvres martyrs, qui encore à l’heure actuelle gémissent sous le poids des bâtons, des coups de poing.

Pour plus ample renseignement je vous prie de vous adresser à moi, soit par lettres ou verbalement, car je suis à votre disposition.

(Nom et Adresse).

 

On n’étouffera plus les voix. Aniane ne saurait être défendu que par l’Administration - et les reporters à sa solde. Sous les dénégations attendues qu’osera le président du Conseil, déjà perceront des aveux. De partout des faits se confirment. Suspectant l’enquête officielle, des journaux voulurent s’informer. On est allé à Aniane. Il faut lire la Fronde d’hier. Le Biribi des Gosses, désormais, ne pourra subsister que grâce à la complicité avérée du gouvernement de ce pays

Et c’est alors, j’imagine, que les ligues fondées récemment pour défendre les droits de l’homme, penseront à ceux de l’enfant. Notre tâche s’arrête ainsi. Mais faut-il encore qu’on sache que nous n’avons choisi Aniane que comme exemple et pour violer, en précisant, l’indifférence coutumière. Avis aux parlementaires qui seront désignés en commission sans doute pour l’enterrement des contre-enquêtes. Ce qui se passe à Aniane se passe ailleurs. Cherchez, messieurs. Allez à Eysses, à Saint-Hilaire…

Demandez qu’on vous montre les "poucettes !"

Tout un régime est en jeu. Rien n’est changé depuis Porquerolles. Rien ne sera changé vraiment tant que les enfants, coupables surtout de misère, seront jetés dans ces geôles...  à la mercie des fonctionnaires sadiques de l'état français.

Et que pourrait-on même changer ? La Société bâtie à chaux et à sable, sang et larmes, s’érige sur ses prisons. On n’en modifie que le style. Il faudrait comprendre et agir, marcher vers la Liberté ! ouvrir la cage aux enfants, donner la becquée aux petits... On leur donne le bagne à huit ans !

Le vieux monde croulera d’un seul coup. Où que l’on projette une lumière, il y a de la honte et du sang. C’est la caserne et c’est la geôle, c’est l’atelier, c’est l’usine ; des balles pour les jeunes soldats, le joug de la misère pour le peuple, la torture pour les petits des hommes...

 

extrait de : De Mazas à Jérusalem, Zo d’Axa, 1895

 

Ainsi depuis deux siècles magistrats, flics et matons n'ont pas vraiment changé de mentalité.

Dans les années 60 l' EAI, l'armée utilisait encore le domaine du pénitencier d'Aniane pour y former les appelés candidats sous-off de la préparation militaire .

 

 

  « La garantie des droits de l’homme et du citoyen nécessite une force publique ; cette force est donc instituée pour l’avantage de tous et non pour l’utilité particulière de ceux à qui elle est confiée. »          

                Article 12 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789



Par flicsripoux
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